Nous cherchons souvent là où tout le monde regarde

Lorsqu’un cadre souhaite faire évoluer sa carrière, son premier réflexe consiste généralement à consulter les offres disponibles.

Il actualise son CV, renseigne des alertes, contacte des cabinets de recrutement et répond aux annonces correspondant à son parcours.

Cette démarche est utile. Elle permet de comprendre les attentes du marché et d’identifier les compétences recherchées.

Mais elle place aussi le candidat dans la partie la plus visible et la plus concurrentielle du marché.

Lorsqu’une annonce est publiée, le besoin a déjà été défini, le budget validé et les critères de sélection établis.

Le candidat doit alors montrer qu’il correspond à une fonction pensée avant même qu’il ne se présente.

Les opportunités les plus intéressantes apparaissent parfois plus tôt, lorsque le besoin existe déjà, mais que personne ne l’a encore transformé en fiche de poste.

Une grande partie du marché reste invisible

Toutes les opportunités professionnelles ne prennent pas immédiatement la forme d’une annonce.

Certaines entreprises savent qu’elles devront remplacer un dirigeant, renforcer une équipe ou lancer une transformation, sans avoir encore ouvert officiellement le poste.

D’autres rencontrent une difficulté sans savoir exactement quelle compétence leur manque.

Une activité ralentit. Un projet stratégique prend du retard. Plusieurs directions ne parviennent plus à travailler ensemble. Une expertise disparaît progressivement avec le départ de collaborateurs expérimentés.

Dans ces situations, le besoin existe, mais il reste diffus.

L’opportunité devient visible lorsqu’une personne est capable de comprendre ce problème et de montrer comment son expérience peut contribuer à le résoudre.

Votre expérience ne parle pas d’elle-même

Après vingt ou trente ans de carrière, il est naturel de penser que la richesse d’un parcours sera spontanément comprise.

Les responsabilités exercées, les projets menés et les situations traversées semblent constituer des preuves suffisantes.

Pourtant, les autres ne voient pas automatiquement tout ce que votre expérience vous permet aujourd’hui d’apporter.

Ils voient surtout votre dernier intitulé de poste, votre secteur d’activité et les missions que vous choisissez de mettre en avant.

Un directeur de programme peut être perçu uniquement comme un spécialiste de la gestion de projets complexes, alors que sa valeur principale réside peut-être dans sa capacité à réconcilier plusieurs directions autour d’une décision commune.

Une responsable des ressources humaines peut continuer à présenter les processus qu’elle a pilotés, alors que les entreprises ont surtout besoin de sa capacité à accompagner des managers confrontés à une transformation difficile.

Une expérience devient réellement visible lorsqu’elle cesse d’être racontée comme une succession de fonctions et qu’elle est reliée aux problèmes actuels des organisations.

Le réseau permet de voir ce que les annonces ne montrent pas

Beaucoup de cadres abordent leur réseau avec réticence.

Ils craignent de donner l’impression de demander un service ou d’avouer qu’ils cherchent à quitter leur poste.

Ils attendent alors d’avoir un projet parfaitement défini avant de reprendre contact.

Pourtant, le réseau ne sert pas uniquement à demander si quelqu’un recrute.

Il permet de comprendre ce qui évolue dans les entreprises, les difficultés qui émergent et les compétences qui deviennent importantes.

Une conversation peut commencer par des questions simples :

« Quels changements observez-vous actuellement dans votre secteur ? »

« Quels sujets préoccupent le plus les équipes de direction ? »

« Quelles difficultés les entreprises ont-elles encore du mal à traiter ? »

« Dans quelles situations mon expérience pourrait-elle, selon vous, être particulièrement utile ? »

Ces échanges révèlent souvent des besoins qui ne sont pas encore visibles sur le marché.

Ils permettent aussi aux autres de mieux comprendre dans quelles situations ils pourraient penser à vous.

Une opportunité apparaît lorsqu’un besoin rencontre une expérience

Nous imaginons souvent qu’une opportunité existe quelque part et qu’il faut réussir à la découvrir.

Mais une opportunité professionnelle apparaît rarement comme un objet déjà parfaitement défini.

Elle se construit souvent au croisement de trois éléments :

une difficulté suffisamment importante pour une organisation ;

une expérience capable d’éclairer ou de résoudre cette difficulté ;

une conversation qui permet aux deux de se rencontrer.

Sans besoin clairement identifié, l’expérience reste abstraite.

Sans expérience rendue lisible, le besoin demeure sans réponse.

Sans conversation, chacun poursuit son chemin sans percevoir ce que l’autre pourrait lui apporter.

Chercher des opportunités consiste donc aussi à multiplier les croisements pertinents entre ce que vous savez faire et les problèmes que rencontrent les autres.

La précision rend plus visible que la disponibilité

Lorsqu’une recherche n’aboutit pas, le réflexe consiste souvent à l’élargir.

Davantage de secteurs. Davantage de fonctions. Davantage de candidatures. Davantage de disponibilité affichée.

Cette ouverture semble augmenter les possibilités.

Elle peut pourtant rendre le positionnement plus difficile à comprendre.

Lorsqu’une personne affirme pouvoir intervenir dans de nombreux environnements et sur plusieurs types de missions, elle demande à son interlocuteur d’effectuer lui-même le travail de traduction.

Il doit deviner dans quelle situation penser à elle.

À l’inverse, une contribution formulée avec précision devient plus facile à mémoriser.

Vous ne devenez pas visible parce que vous pouvez tout faire.

Vous devenez identifiable lorsque certaines personnes savent exactement dans quelles circonstances votre expérience peut leur être utile.

Les opportunités pertinentes ne ressemblent pas toujours à votre passé

Avec l’expérience, nous cherchons naturellement une suite logique.

Un titre équivalent. Un niveau de responsabilité comparable. Une rémunération cohérente. Un secteur suffisamment proche pour que le parcours reste compréhensible.

Cette continuité peut rassurer.

Elle peut aussi empêcher de reconnaître une opportunité qui se présente sous une forme nouvelle.

La prochaine étape peut être :

une mission de transition ;

un rôle plus transversal ;

une activité de conseil ;

une fonction moins exposée mais plus influente ;

une responsabilité dans une structure plus petite ;

une combinaison de plusieurs activités ;

une mission de transmission ou de mentorat.

L’enjeu n’est pas seulement de retrouver un poste correspondant à ce que vous avez déjà fait.

Il consiste à comprendre sous quelles formes nouvelles votre expérience peut continuer à produire de la valeur.

Les meilleures opportunités se préparent avant d’apparaître

Une opportunité intéressante résulte souvent d’un travail discret.

Clarifier les problèmes que vous savez traiter.

Identifier les environnements dans lesquels ces problèmes existent.

Reprendre contact avec des personnes capables de vous éclairer.

Partager votre lecture d’un sujet.

Formuler votre contribution avec des mots simples.

Laisser le temps aux autres de vous associer à un enjeu précis.

Ce travail ne garantit pas qu’une proposition apparaîtra immédiatement.

Il crée cependant les conditions pour qu’une personne pense à vous lorsqu’un besoin se précise.

Vous ne contrôlez pas le moment où une opportunité émergera.

Vous pouvez en revanche préparer la manière dont elle pourra vous trouver.